Le maître de l’année dans les révolutions solaires.

JosianeNon classé

Les plus fidèles clients de l’astrologie se rendent quasi rituellement chez leur astrologue pour une consultation annuelle autour de leur révolution solaire. La plupart du temps, ils y ont été invités par les professionnels eux-mêmes. Ils y voient une occasion de faire le point sur leur vie, de comprendre et de se réapproprier les expériences vécues l’année précédente, ainsi que de faire des pronostics sur l’année qui commence. On leur a expliqué qu’en marge des années civiles, ils possédaient « leur » année particulière. Si l’on ne comprend pas tout de suite qu’il s’agit en fait d’une expression purement technique, le soleil qui apparaît au coeur de l’expression « révolution solaire » devient l’image d’un bonheur centré sur soi-même. L’évocation de l’astre du jour en la circonstance promet joie, chaleur et clarté.

 

Souvent présentée comme LA technique la plus adaptée à l’étude prévisionnelle individuelle, la RS demeure un sujet de fascination pour les étudiants eux-mêmes. Ceux-ci découvriront en abordant le sujet au fil de leurs études qu’il s’agit en fait de l’une des techniques les plus compliquées, et des plus difficiles à manier. Confronté à l’abondance d’informations glanées dans les révolutions, les étudiants se perdent et tombent souvent dans le piège d’en dire tout et n’importe quoi.

 

Dans les pays de langue française, la référence implicite à cette démarche a souvent été Alexandre Volguine, « Technique des révolutions solaires ». Il ferait autorité en la matière. Quoique très méritoire, cette approche fut précisément à l’origine de beaucoup de confusion. N’oublions pas que ce grand maître de l’astrologie, curieux et érudit, n’avait que fort peu d’expérience pratique en consultation. La lecture de l’ouvrage fait apparaître tellement de possibilités qu’elle conduira les chercheurs sérieux à jeter le discrédit sur cette technique.

 

L’approche humaniste, quant à elle, très intéressante sur le plan psychologique, a plutôt conduit par un effort de simplification extrême à faire de la révolution solaire un thème alternatif, que l’on interprèterait comme un thème natal.

 

En amont de cette confusion, il faut savoir que l’antiquité astrologique, dans sa simplicité originelle, néglige les révolutions solaires, tout en accordant une importance capitale à ce que l’on appellera le maître de l’année. Il s’agit d’une planète que notre thème attribue à chaque âge de notre vie en fonction de la position de notre ascendant natal, et qui donne le ton au climat annuel.

 

Largement développée au Moyen Age par les astrologues arabes, cette technique accompagne avantageusement celle de la révolution solaire dont ils commencent à user abondamment. Les curieux qui veulent en apprendre d’avantage chercheront du coté d’Abu Mashar, Bonatti et Junctin de Florence s’ils ont de la patience, ou se réfèreront aux auteurs modernes qui ont traité le sujet avec plus de clarté. Parmi ceux-ci il faudra citer Denis Labouré – Révolutions solaires pour astrologues efficaces aux Editions Spiritualité Occidentale en 2013 – qui enseigne toute la technique selon l’astrologie ancienne avec un bon sens pédagogique. Au moment où j’écris cet article, je m’inspire beaucoup de ce livre. Depuis que j’ai étudié l’astrologie ancienne auprès de Robert Zoller en 1992, je n’ai cessé d’appliquer cette méthode du maître de l’année avec rigueur car elle m’apporte beaucoup d’informations très précieuses, que ce soit sur le plan du questionnement psychologique que sur le plan prévisionnel.

 

 

Une révolution solaire ne s’interprète pas comme un thème de naissance, et encore moins au « ressenti ». L’abondance d’informations qu’elle fournit doit être triée, filtrée pour ne retenir que l’essentiel. Le lecteur curieux se reportera aux auteurs évoqués ci-dessus, je ne vais pas aborder l’ensemble de la technique car elle suppose beaucoup d’arguments et de réflexion. Je ne parlerai ici que du maître de l’année.

 

Mon intention est certes de vulgariser, mais je ne souhaite pas pour autant opérer des simplifications abusives. Je ne fais qu’une petite suggestion tirée de ma pratique. Je fais une simple supposition que je vous propose de vérifier vous-mêmes par l’expérience, la voici : si, dans un thème de RS, au début de vos recherches, vous n’interprétez QUE le maître de l’année, vous explorerez la plupart du temps l’essentiel des expériences annuelles. Bien sûr, n’en faisons pas un dogme. Cependant, il s’agit pour moi d’une technique tellement simple, logique, pertinente et claire, que je ne comprends pas comment il est possible de compliquer l’analyse de la RS comme on le fait si souvent. Trop d’information tue l’information. Une information essentielle et synthétique permet de mieux comprendre les enjeux en recentrant la personne sur sa propre vie, et donc indirectement, sur sa liberté et ses choix.

 

Alors de quoi s’agit-il ?

 

En premier lieu, techniquement

 

Le maître de l’année est la planète régissant le signe correspondant à la profection annuelle. L’ascendant profecté avance d’un signe par an. Pour le connaître il suffit de diviser l’âge considéré par douze et de retenir le reste. Le nombre restant correspondant au nombre de signe qu’il faudra ajouter à l’ascendant pour connaître l’ascendant profecté annuel.

 

Ayant déterminé le signe, on retiendra son maître selon les maîtrises classiques. Cette planète deviendra le maître de l’année pour l’âge considéré. 

 

Ainsi pour quelqu’un qui aurait un ascendant Cancer, l’âge 51 correspondrait à la Balance. En effet, 51 : 12 = 4 et il reste 3, soit 3 signes à ajouter à l’ascendant Cancer natal, c’est à dire la Balance.

 

Ainsi pour un Ascendant Scorpion, l’âge 48 (multiple de 12) correspondrait au Scorpion lui-même, l’âge 49 au signe suivant, le Sagittaire. L’âge 50 au Capricorne, et l’âge 51 au Verseau, et ainsi de  suite.

 

Le tableau qui accompagne ce texte montre un exemple. Il s’agit du thème bien connu de François Hollande. Nous n’avons indiqué que les planètes du septénaire traditionnel pour simplifier l’apprentissage de la technique. Rien n’interdit d’y ajouter d’autres facteurs astrologiques, quelle que soit l’école à laquelle vous vous référez.  La domiciliation utilisée est la domiciliation zodiacale : une maison correspond à un signe, avec la maison I, correspondant au signe de l’ascendant.

Ainsi pour ce thème, le tableau montre la profection de l’ascendant Gémeaux sur 95 ans. Il est logique de constater que cet ascendant profecté reviendra donc en Gémeaux à 12, 24, 36, 48, etc, soit tous les multiples de 12, et que pour ces années là, le maître de l’année sera donc Mercure, maître du signe des  Gémeaux. En 2014, le président a 60 ans, l’ascendant profecté revient donc en Gémeaux et le maître de l’année était Mercure. A 61 ans, il sera en Cancer, le maître sera donc la Lune. A 62 ans, il sera en Lion, et le maître sera le Soleil, et ainsi de suite.

En second lieu, symboliquement…  

Je trouve didactique et amusant d’expliquer que le maître de l’année représente la personne elle-même tout au long de l’année considérée. Avec le langage anecdotique de l’astrologie, on pourrait dire que ce qui arrive à cette planète arrive à la personne. Ce qu’elle est, son environnement, les autres planètes qu’elles rencontrent, le signe dans lequel elle se trouve, les maisons qu’elle régit, etc, parlent de l’essentiel d’une année à vivre. L’interprétation, toute simple ou même exhaustive de cette planète donne la clé.

Bien entendu, l’idée ne s’éclairera que par un exemple. Mais auparavant, réfléchissons le plus simplement possible à ce que peuvent bien signifier les 7 maîtres de l’année de façon générale.

Lune. Une année consacrée au féminin, à la mère, aux affaires du foyer, au public, à l’image personnelle,  au quotidien, aux voyages et déplacements. 
Soleil Une année consacrée au masculin, au père, aux responsabilités sociales et professionnelles, à la valeur ou à l’estime de soi, à la réputation. 
Mercure Une année consacrée aux frères, aux enfants, à l’étude, aux formations, aux déplacements, au commerce, à la communication en général, aux affaires et contrats, aux contraintes domestiques ou quotidiennes. 
Vénus Une année consacrée aux sentiments, aux rencontres, aux femmes, à la beauté, à la qualité de vie, à la détente, à l’art. 
Mars Une année consacrée au travail, à l’effort, à la résolution des problèmes et conflits, au sport, aux hommes, aux guerres et conquêtes.
Jupiter Une année consacrée au confort, à l’amélioration de la vie, à la démarche de bien être, aux voyages, aux amis, aux projets, à la politique, aux groupes, au développement de soi ou des affaires. 
Saturne Une année consacrée au repli, à la rigueur, à l’étude, à la remise en ordre de la vie, aux réalisations sérieuses, à la réalisation de la sagesse.  

Mais pour ne pas tomber dans une simplification abusive, rappelons- nous que nous devons considérer l’environnement de cette planète, et celles auxquelles elle est reliée, sa position globale, et notamment les affaires qu’elle régit dans le thème de révolution solaire comme dans le thème de naissance. Les points suivants attireront donc mon attention :

 

  • Le signe dans lequel la planète se trouve montrera sa position, confortable ou moins confortable.
  • La maison dans laquelle elle se trouve montrera souvent où se situe la personne cette année, à quoi elle s’occupe, ce qui la détermine.
  • Les maisons régies par cette planète montreront les principales préoccupations, y compris les maisons qu’elle régit dans le thème natal.
  • Les planètes avec lesquelles elle interagit montreront les relations de cette année, ou les circonstances qui influent sur le déroulement de l’année.
  • Il est possible d’ajouter ici d’autres critères plus spécifiques, telles les étoiles fixes, les parts, etc.

 

Voyons donc, exemple à l’appui, comment fonctionne la méthode…

 

Voici la révolution solaire de François Hollande pour 60 ans. 

Le maître de l’année est Mercure et situe d’emblée les enjeux sur le plan de la communication. Mais Mercure trop proche du Soleil (combuste) au carré de Saturne indique simplement que la partie n’est pas gagnée sur ce plan. L’année mercurienne pourrait être une année d’affaires et d’agitation, ce qui fut le cas. La conjonction combuste au Soleil signifie simplement la pression, la difficulté à être soi, et la pression. Mercure, maître de IX montre l’importance de la politique étrangère qui a mobilisé une large partie de l’énergie psychique du président. Le carré à Saturne montre les impasses traversées, les nombreux obstacles rencontrés. C’est la conjonction de Saturne à Mars qui nous fera penser à l’insupportable violence des attentats de Charlie Hebdo. Il est curieux de constater que synchronistiquement, il s’agit bien de presse et de journalisme, des domaines spécifiquement mercuriens. Paradoxalement, Mercure conjoint au Soleil lui-même au Milieu du Ciel avec Jupiter et Vénus promet une visibilité sans précédent, mais l’opposition de Mercure à la Lune (le public, les  gens, le peuple) montre bien que l’image positive de François Hollande est sans cesse remise en question par les Français eux-mêmes (cette lune se trouve dans la IV de la famille et donc de la nation). Pour l’anecdote, on notera quand même que la conjonction Jupiter Vénus au MC montre que la vie sentimentale du président demeure un sujet qui titille l’opinion publique…

Voici la révolution solaire pour 61 ans

Cette fois, c’est la Lune qui devient maître de l’année, celle-ci entraîne aussi avec elle ce qu’elle signifie dans le thème natal. La Lune en Capricorne dans le thème de base montre une prédisposition à la carrière publique, car elle est au dessus de l’horizon, dans un thème nocturne. Mais sa position en Capricorne la fait apparaître froide, distante, presque apathique. On sait que l’image de Hollande a souvent posé problème. Par contre cette année, elle est en Cancer, le signe de son domicile. Faudrait-il y voir l’occasion de reconstruire une image plus positive ? Au trigone du Milieu du Ciel, elle invite à poser des actes remarquables. En VII, elle montre l’importance des alliances, voir même du couple. Elle sera à la fois le symbole du peuple français à convaincre (à séduire ?) mais aussi de la compagne (à épouser ? à montrer ? à « officialiser » ?).

Cependant à l’heure où j’écris, les attentats terroristes viennent de frapper Paris. Comme l’année précédente, nous retrouvons le même quatuor Mercure Soleil Vénus Jupiter en conjonction, qui supposait une large visibilité, mais cette année, c’est sur la pointe de VIII. Quant au maître de l’année, seul sujet de cet article, il avance vers Mars. Certains me diront qu’il s’agit d’un aspect large, mais on sait que le transit de la Lune mérite des orbes élargies d’une part. Et par ailleurs, les étudiants plus spécialisés auront remarqué que La lune n’est qu’à trois degrés de déclinaison de Mars (voir ci-après l’échelle des déclinaisons). Même si les éphémérides nous disent qu’elle ne le rejoindra pas par conjonction exacte en déclinaison, on peut y voir une conjonction appliquante, vu la force de cet astre cette année. Quant aux astrologues contemporains, ils se réjouiront de voir que la lune applique au carré Uranus Pluton (que nous n’avons pas indiqué ici). Uranus est à 20.23 de Bélier (la Lune applique au carré), et Pluton a 13.26 du Capricorne (la Lune traverse l’opposition). On s’attendait forcément à ce que le chef de l’état français participe au carré Uranus Pluton caractéristique des temps que nous vivons.

 

Il est bien évident que l’étude de la révolution solaire ne pourrait se limiter au maître de l’année, mais elle en constitue l’une des introductions les plus intéressantes, car il représente le natif lui-même, et devient une clé pratique pour le situer dans son propre univers au moment de son anniversaire.

 

J’espère avoir stimulé votre curiosité. Quelle est le maître de votre année ?

 

 

 

Les thèmes et graphiques présentés dans cet article ont été tirés de Zodiac 8.1 de André Vander Linden (www.astrozodiac.be)

 

Eric Panichi.

Bruxelles, 14 novembre 2015.

 

Pour être informé : astropanichi.eric@yahoo.fr