Astrologie ancienne dans le monde contemporain.

JosianeNon classé

Conférence d’Eric Panichi, le 12 décembre 2017 à Bruxelles

Résumé – synthèse.

Le clivage entre astrologie populaire et astrologie savante est de plus en plus accentué, et aggravé par la critique astrologie ramenant sans cesse au premier plan des questions auxquels les astrologues ont déjà répondu mais dont les arguments ne semblent pas être entendu (la question du 13è signe, la confusion signe/constellation, les thèmes des ju=eaux, etc…). Malgré la critique, la consultation de l’astrologie et des astrologues ne diminue pas.

Du côté des astrologues, on assiste à la fragmentation des savoirs, ce qui aboutit à une multiplication des écoles. La modernité a mis en avant l’individualisme et la pratique astrologique relève de plus en plus d’une discipline artistique où chaque astrologue, au-delà des écoles, pratique sa propre astrologie, avec le risque d’en faire un outil d’expression personnelle et de perdre le lien avec les savoirs spécifiques de l’art d’Uranie, son histoire, ses fondements historiques et culturels.

Cette évolution présente toutefois l’avantage de maintenir l’astrologie dynamique et vivante, de la garder proche des gens en lui offrant une reformulation créative et permanente. L’astrologie est un langage d’images d’une richesse extraordinaire, qui pour exister, se maintenir et progresser, doit être parlé.

La personnalité de l’astrologue a de plus en plus d’importance, reléguant au second plan, le savoir proprement dit. A ce stade, la question devient celle de la formation.

L’astrologie est un art du temps. Nous ne pouvons l’expliquer uniquement en fonction de ce à quoi nous la destinons (qui relève de nos propres désirs égotiques) comme nous le faisons à l’heure actuelle par ce qu’en la ramenant à nos désirs, nous la transformons. Pour éviter cet écueil, il est intéressant de considérer les chemins par lesquelles elle nous est parvenue:

A l’origine, il y a la contemplation pure du ciel étoilé. Les fondements de l’astrologie sont là. A ce stade, il n’y a pas de zodiaque mais seulement l’observation des planètes. Il s’y crée une relation, précieuse pour les astrologues, entre le temps et l’image, évoluant vers une expérience du sacré. Les astres y sont des dieux. L’individu en est absent. Ensuite…

Au début de la période hellénistique, les astres cessent d’être des dieux pour devenir leurs messagers. A l’expérience religieuse succède un discours très construit, basé sur les symboles fondamentaux et les archétypes (les nombres). A partir de ce moment le sujet apparaît. Il y a confrontation entre le sujet et son destin et le langage des astres devient la porte d’accès à la connaissance de ce destin. La Mésopotamie et l’Egypte nous ont fourni un grand réservoir d’images, racine d’une expérience émotionnelle et du rapport au sacré dont l’individu est exclu. L’astrologie hellénistique crée la distance avec les dieux et conceptualise un discours utilisé pour parler du destin. C’est là qu’apparaissent les premiers horoscopes.
Plus tard, à l’époque médiévale, le monothéisme amène la possibilité de négocier avec ce destin. Dieu détient le pouvoir de libérer l’homme de l’influence des astres. Dans l’astrologie hellénistique, il n’est pas question de se libérer de son destin mais de l’assumer (stoïcisme).
En astrologie classique, par contre, l’accent est mis sur la liberté individuelle: l’être humain est libre et gère son destin.
Aujourd’hui, l’astrologie est devenue un outil d’amplification symbolique qui débouche sur la création d’images et produit ainsi du sens ce qui correspond, la plupart du temps à la demande inconsciente du consultant.

Il est important d’assumer cet héritage car l’évolution d’une astrologie purement cosmique à une astrologie qui sert à fabriquer du sens correspond aussi à notre propre cheminement intérieur au sein de l’astrologie.

Les historiens de l’astrologie considèrent comme « hellénistique » l’astrologie horoscopique qui va de la fin du second siècle avant JC jusqu’à l’aube du 7ème siècle. Le mouvement se développe surtout à Alexandrie. Cette astrologie sera transmise à l’Inde par les voies créées par les conquêtes d’Alexandre. Nous disposons de textes qui sont abondamment traduits dans les langues modernes de façon plus soigneuse depuis la fin du vingtième siècle, et qui deviennent de plus en plus accessibles à l’étude.

L’un des fondements philosophiques de l’astrologie hellénistique est le stoïcisme. Dans cette philosophie qui transcende l’astrologie, à cette période, la grande question c’est d’assumer le destin. Au départ le destin n’est pas forcément un ensemble de facteurs fatals ou négatifs. Il donne à l’homme qui l’assume une place dans le monde. Selon Ptolémée, la lecture du thème astral apaise l’âme en le préparant à l’acceptation. Il faut éviter de croire que tout ce qui arrive aux hommes est l’effet d’une cause unique venue d’en haut mais, au contraire, distinguer le destin immuable qui vient des dieux, et le destin des choses et des êtres naturels. Beaucoup de choses arrivent aux hommes du fait d’un déterminisme collectif qui dépasse leur vie individuelle. L’astrologie n’est donc pas un outil de déterminisme absolu. Il faut écouter l’astrologue comme un thérapeute, c’est à dire pour recueillir une connaissance qui nous permet d’améliorer notre condition au départ d’un ensemble de matériaux donnés.

Ce sont les néo-platonciens, avec Plotin en tête, qui proposeront de relativiser le déterminisme en des astres. Contrairement à Ptolémée qui analyse l’influence astrale comme une météo, pour eux, les astres n’influencent pas le destin mais le révèlent.

L’astrologie hellénistique est aussi fort imprégnée de mystères relevant de la tradition initiatique d’Hermès. L’âme, d’origine céleste, se penche sur le monde comme sur un miroir et fascinée par son propre reflet, glisse vers celui-ci en passant successivement à travers des sphères du monde en endossant à chacune d’elle un manteau particulier qui constituera son destin. Cette vision mythologique fait aussi référence à une expérience mystique.

D’un point de vue technique l’astrologie hellénistique se base sur le «thema mundi» qui attribue aux signes du zodiaque un domicile planétaire en fonction de la vitesse des planètes et de leur distance supposée par rapport à la terre. C’est ce qui a donné naissance à la théorie des maîtrises, la base la plus importante de la syntaxe du langage astrologique. L’astrologie humaniste et moderne a modifié ce système en y ajoutant les nouvelles planètes transsaturniennes. Il ne faut pas perdre de vue la logique initiale du système des maîtrises. Un thème lu avec ces maîtrises traditionnelles va produire des interprétations extrêmement signifiantes. Les astres nouvellement découverts peuvent apporter certaines nuances, mais il n’est pas approprié de leur attribuer des maîtrises. Ce que nous appelons aujourd’hui maîtrise n’a, en effet, rien à voir avec la définition des anciens.

Les planètes sont ensuite classées en mode diurne et nocturne selon les donneurs de lumière que sont le Soleil et la Lune. C’est la théorie des sectes qui font référence aux termes «bénéfique» et «maléfique», tant décriés par les astrologues modernes. La signification de ces termes est pourtant sans valeur morale, et doit être entrevue d’un point de vue purement technique et énergétique – «favorable à la vie», ou «défavorable à la vie», ne signifie pas forcément bon ou mauvais. Dans une optique mystique, le monde sublunaire est une prison et ce qui est défavorable à la vie est, par contre, souvent favorable au développement de l’âme. Et ce qui est bénéfique à la vie, en favorisant la croissance, a tendance à maintenir l’âme enfermée l’âme dans ce monde sublunaire.

Parmi les nombreux aspects techniques spécifiques de l’astrologie hellénistique, un autre point important est le système de domification. Les maisons sont égales, partant de l’ascendant et considérant chaque signe comme un lieu. Les anciens parlent plus volontiers de lieux (locus) que de maisons (domus). Ce système n’est pas incompatible avec un autre système de domification, telle la domification placidienne qui correspond à une réalité cosmographique chargée de sens. Il s’agit simplement d’une logique différente. Les maisons placidiennes sont isochrones, traduisant en espace ce qui, en réalité, relève d’un temps. La théorie des lieux est un système de représentation de l’espace, uniquement. La signification des lieux est beaucoup plus lapidaire que les interprétations données aux maisons placidiennes qui peuvent être extrêmement pointues sur le plan psychologique.

L’exposé se termine par quelques exemples.